Carême 2020 : notre lettre de liaison n°43
passion2

Mercredi Saint

Chers amis,

Sauver le monde : quelle mission vertigineuse ! Seul le fils de Dieu, Dieu lui-même, pouvait s'en acquitter et nous manifester ainsi son amour infini afin de « porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les coeurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance » (Isaïe 61, 1). Dans les trois jours qui viennent, nous allons contempler cette oeuvre de salut offert par Jésus. Nous la vivrons dans des circonstances bien particulières et inédites. Dans les temps de persécution, certains chrétiens parvenaient toujours à se réunir. Parce qu'une persécution n’est évidemment pas contagieuse comme une épidémie. Mais, dans l'histoire de l'Eglise, de nombreux chrétiens ont dû vivre certains grands moments de la foi ainsi isolés les uns des autres. Ne pourrions-nous pas offrir ces journées qui viennent (et aussi notre jeûne !) en nous unissant à tous ceux qui ont été privés ou qui sont privés de la messe à cause de la guerre, de la persécution, de la maladie, de la distance ? Ne reprenons-nous pas conscience du luxe d'avoir une paroisse, une église, un prêtre ? Nous voici écoutant ces cloches qui sonnent les heures et que soudain on entend parce qu’il n’y a plus de voitures.
C’est bien la première fois dans l’histoire humaine qu’autant de catholiques, des centaines de millions, éprouvent le manque de toute célébration sacramentelle. Ce manque, qui est aussi une souffrance, est une absence mais certainement pas une absence de Dieu. Soyons-en certains alors que nous allons justement l'accompagner dans sa passion et sa mort.

P. Pierre AMAR

Sagesse chrétienne

« Pour l’homme du troisième millénaire, un « Sauveur » a-t-il encore une valeur et un sens ? Un « Sauveur » est-il encore nécessaire pour l’homme qui a rejoint la lune et Mars, et qui se prépare à conquérir l’univers ; pour l’homme qui recherche sans limites les secrets de la nature et qui réussit même à déchiffrer les codes prodigieux du génome humain ? A-t-il besoin d’un Sauveur l’homme qui a inventé la communication interactive, qui navigue sur l’océan virtuel d’Internet et qui, grâce aux technologies les plus modernes et les plus avancées des mass média, a fait désormais de la terre, cette grande maison commune, un petit village global ? L’homme du vingt et unième siècle se présente comme l’artisan de son destin, sûr de lui et autosuffisant, comme l’auteur enthousiaste d’indiscutables succès.
Cela semble être ainsi, mais ce n’est pas le cas. En ce temps d’abondance et de consommation effrénée, on meurt encore de faim et de soif, de maladie et de pauvreté. Il y a aussi l’être humain réduit en esclavage, exploité et offensé dans sa dignité ; celui qui est victime de la haine raciale et religieuse, et qui, dans la libre profession de sa foi, est entravé par des intolérances et des discriminations, par des ingérences politiques et des pressions physiques ou morales. Il y a celui qui voit son corps et le corps de ses proches, tout particulièrement des enfants, mutilés par l’utilisation des armes, par le terrorisme et par toute sorte de violence, à une époque où tous invoquent et revendiquent le progrès, la solidarité et la paix pour tous. Et que dire de la personne qui, privée d’espérance, est contrainte de laisser sa maison et sa patrie, pour chercher ailleurs des conditions de vie dignes de l’homme ? Que faire pour aider la personne qui, trompée par des prophètes de bonheur facile, celle qui, fragile sur le plan relationnel et incapable d’assumer des responsabilités stables pour sa vie présente et pour son avenir, en arrive à marcher dans le tunnel de la solitude et finit souvent esclave de l’alcool ou de la drogue? Que penser de celle qui choisit la mort en croyant chanter un hymne à la vie ? Comment ne pas voir que c’est justement du fond de l’humanité avide de jouissance et désespérée que s’élève un cri déchirant d’appel à l’aide ? (...) Malgré les nombreuses formes de progrès, l’être humain est resté ce qu’il est depuis toujours : une liberté tendue entre bien et mal, entre vie et mort. C’est précisément là, au plus intime de lui-même, dans ce que la Bible nomme le « cœur », qu’il a toujours besoin d’être « sauvé ». Et, à notre époque post moderne, il a peut-être encore plus besoin d’un Sauveur, parce que la société dans laquelle il vit est devenue plus complexe et que les menaces qui pèsent sur son intégrité personnelle et morale sont devenues plus insidieuses. Qui peut le défendre sinon Celui qui l’aime au point de sacrifier son Fils unique sur la croix comme Sauveur du monde ? » (extrait d'une homélie de Benoît XVI, 25 décembre 2006).

La Parole du jour

« Je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver » (Jean 12, 47).

Prions

« Dieu éternel et tout-puissant, refuge offert en tout danger, tourne avec bonté ton regard vers nous, qui avec foi te supplions dans la tribulation, et concède le repos éternel aux défunts, la consolation à ceux qui pleurent, la santé aux malades, la paix à ceux qui meurent, la force aux opérateurs sanitaires, l’esprit de sagesse aux gouvernants, et le courage de s’approcher de tous avec amour pour glorifier ensemble ton saint nom » (oraison de la messe en temps d'épidémie, nouvellement proposée par le Saint-Siège).