A l’occasion du 19 mars, voici le texte d’un spectacle sur saint Joseph. A partager en famille !

Le Noël de Saint-Joseph

(© Carême 2020)

PREAMBULE : Au ciel…

Saint Pierre, Michaelo.

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La scène se passe au ciel. Un petit angelot s’avance vers le bureau de Saint-Pierre, une plume et une feuille à la main. Saint Pierre est assis devant sa table et consulte ses dossiers. Il sépare des fiches en deux tas, qu’il met à droite ou à gauche, il porte une grosse clef au cou.

Michaelo : bonjour grand Saint Pierre ! Vous ne voulez pas m’aider à remplir mon carnet ? C’est pour mon insigne d’ange de première classe !

Saint Pierre (débordé) : plus tard, plus tard, petit ; j’ai un arrivage en gros aujourd’hui : pô le temps ! (il se remet au travail)

Michaelo : mais… vous n’avez pas compris, c’est pour mon insigne ! Encore une signature et je suis ange de première classe !

Saint Pierre : je te dis que je n’ai pas le temps… bon, allez, cinq minutes, hein, pas plus ? C’est quoi ton problème ?

Michaelo (il s’assied sur la table) : et bien voilà. C’est un devoir compliqué à rendre, le sujet c’est (il lit son papier) : racontez le Noël de Saint Joseph

Saint Pierre (il siffle) : ouh, la la, mais c’est compliqué ça ! Tu n’as pas une autre question ?

Michaelo (malin) : ben non, c’est la tuile… attendez (il esquisse un sourire) euh si, j’ai un autre sujet : racontez en détail le reniement de Saint Pierre !

Saint Pierre (subitement très intéressé par le premier sujet) : bon, bon, bon vois-tu Saint Joseph est un grand homme, le juste par excellence, le père adoptif du Christ …

Michaelo (faussement étonné) : ah, vous êtes revenu à Saint Joseph ?

Saint Pierre (toujours aussi loquace) : oui, oui, oui, c’est très important… tu sais le plus simple ce serait d’ailleurs de lui demander.

Michaelo : quoi ? Demander quelque chose à Saint Joseph, lui, cette tombe ambulante ? Le silence incarné ?

Saint Pierre : tu te trompes. Joseph, ce n’est pas le silence de la timidité mais celui du recueillement : le silence pour mieux écouter Dieu…

Michaelo : ah, dans ce cas… !

Saint Pierre : va donc le voir là-bas : il est en train de refaire le trône de la Vierge Marie que des chérubins ont abîmé lors de leur dernière récréation.

Michaelo : merci, grand Saint Pierre ! A bientôt !

Saint Pierre (le salue) : c’est ça ! Ouf, je l’ai échappé belle… (il s’essuie le front avec un grand mouchoir). 

SCENE 1 : Le prince discret

Michaelo, Saint Joseph, les bergers, les moutons, les chiens, les anges, l’hôtelier

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La scène se passe dans le jardin. Saint Joseph a une scie, un marteau et des clous ; il arrange un fauteuil. Survient Michaelo.

Saint Joseph : tiens qui voilà ! Bonjour Michaelo !

Michaelo : Bonjour bon Saint Joseph ! Je viens de la part de Saint Pierre …

Saint Joseph : oh, mais je n’ai rien à refuser au premier pape ! Que veux-tu ?

Michaleo : et bien voilà, c’est pour mon épreuve d’ange de première classe … une question difficile …

Saint Joseph : je t’écoute, n’aie pas peur.

Michaelo : c’est un devoir à rendre, deux pages (il fait le geste) : « racontez le Noël de Saint Joseph » ; j’ai regardé chez Saint Luc : il serait pas un peu feignant par hasard ? Il n’a pas dit grand chose… !

Saint Joseph : je vois ; mais tu sais, saint Joseph, ce n’est pas intéressant ; Jésus, oui, ça, ça vaut la peine !

Michaelo (il s’assied, prêt à noter) : je sens que vous allez tout me raconter.

Saint Joseph (songeur) : ah, c’est qu’il y aurait tellement de choses à dire …

Michaelo : allons, regardez il n’y a personne ; ça restera entre nous !

Saint Joseph (songeur) : ah Jésus, toutes ces années rien qu’avec lui, et lui rien que pour nous !

Michaelo (il note) : c’est ça, c’est ça, continuez … !

Saint Joseph : je lui ai appris à travailler le bois ; nous avons monté des charpentes, fabriqué des charrues, des jougs, des flèches d’attelage… mais aussi des lits, des coffres, des huches et des pétrins !

Michaelo (il note toujours) : super ! allez ! Encore !

Saint Joseph : que de bois dans la vie de Jésus ! Cinquante centimètres de mangeoire à la crèche, pour finir sur deux mètres de croix. Finalement, c’est juste la taille qui a changé …

Michaelo (impatient) : et Noël ? Ça s’est passé comment ? Je vous préviens : je veux du rare et de l’inédit !

Saint Joseph : j’y arrive ; regarde…

Les lumières s’éteignent ; du fond de l’église les bergers remontent bruyamment l’allée centrale avec leurs moutons et leurs chiens (aboiements, bêlements, cloches…). Ils s’installent devant l’autel. Saint Joseph et Michaelo ont rejoint les coulisses. Ils commentent la scène suivante.

Saint Joseph : déjà tout a commencé par du bruit. Moi, j’étais déjà rouge de honte de n’avoir pas trouvé de place à l’hôtellerie…

Michaelo : … jusqu’à ce que vous réalisiez que le petit, lui, il voulait naître dans une étable, comme un pauvre !

Saint Joseph : tu as raison ! Et nous étions tous bien fatigués : c’est qu’il y a quand même cent vingt kilomètres entre Nazareth et Bethléem !

Michaelo : et les bergers ? Que faisaient-ils ?

Saint Joseph : ils venaient vers nous ! A la crèche ! Parce que des milliers d’anges comme toi se prenant pour un orchestre philharmonique les avaient invités !

Une musique retentit (le gloria du chant « les anges dans nos campagnes »). Les anges sortent de tous côtés.

 Michaelo : évidemment, tout ça n’est pas très discret…

Saint Joseph : hé oui mais c’était beau, c’était beau ! Moi, je ne savais plus où donner de la tête ! Evidemment tout le monde voulait voir le petit, le toucher, le caresser…

Michaelo : je vois, vous avez dû faire un peu le service d’ordre !

Saint Joseph : parfaitement ! Et c’est là que l’hôtelier est arrivé… mais c’était un peu trop tard.

Du fond de l’église, remontant par l’allée centrale, l’hôtelier s’exclame.

L’hôtelier : je suis désolé, si j’avais su ! J’aurais fait de la place, je vous aurais trouvé une chambre ; je suis désolé ! …

Saint Joseph (en sortant de la sacristie) : et là, à ce moment précis, sa femme a dit une grosse bêtise !

La femme de l’hôtelier (qui s’arrête en regardant la crèche) : oh, le beau bébé ! Qu’il est mignon ! Mais… c’est son père tout craché !

Michaelo : en voilà une qui n’a rien compris !

Saint Joseph : hélas, ce n’est pas la première et ce n’est pas la dernière.

Les lumières s’éteignent ; tout le monde disparaît.

 

SCENE 2 : Menaces et craintes

Michaelo, Saint Joseph, les rois mages, le chameau, Marie, les anges (avec la chorale), le bœuf et l’âne, Hérode, l’archange.

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Michaelo et Saint Joseph réapparaissent.

Michaelo : et le diable dans tout ça ? Il ne s’est douté de rien ?

Saint Joseph : penses-tu ! Il surveillait les hôtels et les palais, pas les étables.

Michaelo : ah oui, l’humilité, ça, c’est pas son fort.

Saint Joseph : il a peut-être commencé à se poser des questions quand il a vu les rois mages (il les montre du doigt).

Les rois mages remontent l’allée centrale ; ils avancent vers saint Joseph aux pieds duquel ils déposent leurs cadeaux.

Michaelo : à force de regarder l’étoile, ils avaient attrapé le torticolis…

Saint Joseph : ils avaient surtout de merveilleux cadeaux !

Melchior: de l’or, pour le vrai roi !

Balthazar: de l’encens, pour le vrai Dieu !

Gaspard : de la myrrhe, pour le vrai homme !

Saint Joseph : merci mes amis, merci mille fois !

Survient Marie avec le bébé dans ses bras

Marie : Joseph, qui sont ces gens ?

Joseph : des rois mages venus d’Orient ! Souviens-toi la prophétie ; écoute !

Les anges (qui chantent seuls ou avec la chorale) :

“Toutes les nations marcheront vers ta lumière
Et les rois à ta clarté naissante.
De nombreux troupeaux de chameaux te couvriront
Les trésors des mers afflueront vers toi.
Ils viendront d´Epha, de Saba, de Qédar,
Faisant monter vers Dieu la louange”.

TOUS (foule et chorale)

Jérusalem, Jérusalem
Quitte ta robe de tristesse !
Jérusalem, Jérusalem
Chante et danse pour ton Dieu !

Michaelo (s’adressant à la foule) : mais c’est magnifique ! Vous feriez de très bons anges !

Saint Joseph : allons Michaelo, ne perdons pas notre temps ; viens plutôt m’aider à installer la crèche.

Ils installent Marie et son enfant devant l’autel ; le bœuf et l’âne sortent de derrière.

Michaelo (se pinçant le nez et agitant la main) : pouh, ça ne sent pas la rose ici ; pauvre petit, naître entre le crottin et la paille !

Le bœuf : excusez-nous, mais si on avait su que vous veniez on aurait fait un peu de ménage.

L’âne : pour les odeurs, tu n’as qu’à battre un peu des ailes ; ça fera un petit courant d’air…

Michaleo : à moins que les mages fassent brûler un peu d’encens ?

Joseph : allons, ce n’est pas le moment de se plaindre ; c’est la plus belle nuit de l’histoire des hommes.

Melchior (montrant Joseph) : cet homme est bon !

Balthazar : cet homme est juste !

Michaelo : bon, on ne va pas rester là toute la nuit, hein ?

Joseph : chut écoutez !

Hérode (caché) : quoi, un roi ? Mais c’est moi le roi ! On n’a jamais vu un pays avec deux rois, une armée avec deux chefs, un corps avec deux têtes ! Cet enfant doit mourir !

Un archange apparaît.

L’archange : Joseph, prends vite l’enfant et sa mère et va en Egypte. La vie de Jésus est en danger.

Joseph : allez, on s’en va ! Vous les mages, rentrez chez vous. Viens Marie, prends mon bras, n’aie pas peur.

 

SCENE 3 : Patron et modèle

Michaelo, Benoît XVI, les gardes suisses, les trois voix, Saint Joseph

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Michaelo : pauvre Joseph ! Il a tout sacrifié : son honneur, sa tranquillité. C’est un homme fidèle jusqu’au bout !

Benoît XVI arrive par l’allée centrale, accompagné de ses gardes suisses.

 Michaelo : qui es-tu toi ?

Benoît XVI : je suis le pape émérite Benoît XVI… mais mon vrai nom c’est Joseph !

Michaelo (il lève les bras) : habemus Papam ! Vite, un siège pour le pape.

On amène un fauteuil. Le pape se prépare à lire son papier ; Michaelo s’assoit à ses pieds.

Benoît XVI : je suis venu vous parler de Saint Joseph. Sais-tu, Michaelo, qu’il est le patron de l’Eglise universelle ?

Michaelo : je le savais mais… j’avais oublié !

Benoît XVI : mon prédécesseur le saint pape Jean Paul II a même écrit une encyclique sur lui !

Michaelo (agitant un peu la main) : euh… ça aussi, je le savais mais j’avais oublié…

Benoît XVI (il lui frotte la tête et prend son papier) : écoute « père virginal du Christ, l’expression est de saint Pie X qui s’appelait Joseph comme moi, époux de Marie, chef de la sainte Famille, protecteur de la Sainte Eglise, terreur des démons, … » voilà les titres de Saint Joseph !

Michaelo : j’en ai entendu d’autres ! Miroir de patience, soutien des familles … !

Une voix dans l’assemblée : Modèle des travailleurs !

Une seconde voix : Consolateur des malheureux !

Une troisième voix : Espérance des malades ! Patron des mourants !

 Saint Joseph sort de la sacristie, habillé comme dans la scène 1 (scie, tablier, marteau …).

Michaelo (il le montre du doigt) : le voilà !

Saint Joseph : pardonnez-moi, j’ai cru qu’on m’avait appelé. Je ne veux pas vous déranger.

Il s’en va par l’allée centrale, sans un mot.

Benoît XVI (qui se lève) : voilà un prince discret ! Saint Joseph nous enseigne qu’il faut s’oublier soi-même pour être quelqu’un ; laisser sa trace sur terre et surtout compter aux yeux de Dieu !

Michaelo : et son travail dans tout ça ?

Benoît XVI : il en était le maître et non l’esclave. Aujourd’hui, le péril d’être dominés par notre travail nous menace tous : surtout quand il est très pénible ou au contraire très attachant et très lucratif. On en vient à oublier ses devoirs et ses intérêts, même les plus sacrés !

Michaelo : c’est ça : le travail n’est qu’un moyen, il ne doit pas nous engloutir.

Benoît XVI : tu as raison. Tiens, tu l’as bien gagné ton insigne ! (il lui remet une croix dorée qu’il pend autour de son cou). Joyeux Noël, gloire à Dieu …

Michaelo : … et paix sur la terre aux hommes qui l’aiment !

FIN